Ateliers de formation 10/10/2009

Former les journalistes de demain en RDC - 3 questions à Christian Fienga, expert CFI

Christian Fienga, réalisateur indépendant et JRI, coordonne pour CFI les trois ateliers de formation au reportage économique et à l’enquête d’investigation. Il nous livre son retour d’expérience sur les deux premiers ateliers.

Comment se sont déroulés les deux premiers volets de la formation ?
Pour le 1er atelier, il s’agissait de mettre en place, avec une dizaine de journalistes des télévisions de RD Congo, de nouvelles techniques de travail sur des reportages télévisés courts, de 1 minute 30 à 2 minutes. Nous leur avons rappelé les fondamentaux du journalisme télévisé : le choix des sources d’information, la recherche d’interlocuteurs pertinents ou comment faire en sorte que les interviews puissent remplacer le commentaire. Nous avons essayé de leur faire comprendre que, pour intéresser les téléspectateurs, ils doivent se sentir proches des personnes interviewées dans les reportages.

Pour le 2e atelier, nous sommes passés à des reportages plus longs, de 5 minutes à 5 minutes 30. Ce format a changé le fond des reportages, puisqu’il ne s’agissait plus seulement de montrer, comme dans le 1er atelier, mais aussi de démontrer. C’est tout l’enjeu du reportage dit « d’investigation ».
Et c’était tout à fait nouveau pour les journalistes congolais.

Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous avez été confrontés ?
La plupart des participants aux ateliers manquaient un peu de technique et considéraient parfois la télévision comme de la radio filmée, en privilégiant le commentaire et en s’éloignant de leurs téléspectateurs. Nous avons essayé de les aider à s’affranchir d’un commentaire les confinant dans un rôle qui n’était pas le leur. En matière de reportage économique, il faut être informatif et didactique. Informatifs, ils l’étaient, peut-être même trop parfois, mais ils n’étaient pas suffisamment didactiques et proches de leurs téléspectateurs.

Il ne faut pas oublier non plus que les journalistes en RD Congo travaillent dans un environnement politique extrêmement sensible, où les menaces sont fréquentes. Dans un pays qui a connu deux conflits et 35 ans de dictature, ils ont parfois tendance à pratiquer l’autocensure pour se protéger. C’est l’effet pervers de la censure. La logique économique limite aussi la marge de manœuvre des journalistes et des directeurs de télévision, ces derniers acceptant parfois des reportages « de commande ».
Le défi, c’était de trouver la bonne mesure pour leur permettre d’évoluer et de briser le cadre dans lequel ils sont contraints de travailler, sans remettre en cause, bien sûr, leur intégrité physique.

Quel bilan tirez-vous de ces deux premiers ateliers ?
Malgré les limites inhérentes au pays, le bilan de ces deux ateliers est pour moi extrêmement positif. Les journalistes, dans leur très grande majorité, ont fait preuve de compétence et de motivation. Ils ont appris une nouvelle façon de travailler, tant sur la forme que sur le fond.
Ils ont fait beaucoup de progrès dans le langage filmé, la façon de construire une séquence, de préparer leurs reportages. Une de nos grandes victoires, c’est d’avoir contribué à ce que, dans leurs reportages, l’image retrouve ses droits.
Au-delà des acquis techniques qu’ils vont conserver, ils ont vraiment gagné en confiance. Cette confiance est très importante pour les journalistes car ils auront alors moins tendance à s’autocensurer dans le choix et le traitement de leurs sujets. Elle les aidera aussi à faire comprendre à leurs interlocuteurs qu’ils ne sont pas à leur disposition, ce qui est fondamental dans la pratique journalistique.