Colloque CFI

Allocution de Jean-Jacques Aillagon

PDG de TV5 Monde, Président de Canal France International

Je tiens à vous dire combien je suis heureux d’être invité à ouvrir cet important colloque. Je saluerai, tout d’abord, les participants des tables rondes et remercierai le Sénat de la République de bien vouloir nous accueillir.

En ma qualité de président directeur général de TV5, je préside le Conseil d’Administration de CFI. Je me sens donc impliqué dans la problématique de développement du paysage audiovisuel africain.

CFI mène des actions de formation, de conseil et d’assistance technique auprès des chaînes et diffuseurs africains. CFI met également à disposition une banque de programme qui permet aux télévisions africaines qu’elles soient francophones, anglophones et lusophones d’avoir accès à des programmes de qualité. Nous sommes conscients que le paysage dans lequel ces actions de coopération se développent connaît une profonde mutation. Les télévisions africaines sont soumises, dans presque tous les pays du continent, à une remise en cause rapide voire brutale en raison de la fin des situations de monopole dans lesquelles elles exerçaient leurs activités jusqu’alors. La libéralisation des médias renvoie à de nombreuses questions concernant le rôle de l’Etat, l’existence de télévisions nationales et le développement d’un secteur privé. Les télévisions nationales rencontrent une concurrence qui les conduit à changer radicalement leur mode de fonctionnement. Elles font face à des évolutions qui peuvent, parfois, remettre en cause le principe même de leur existence d’autant qu’elles sont confrontées à des choix difficiles s’agissant de leur ligne éditoriale.

Par ailleurs, malgré un processus lent de maturation, le développement des télévisions nationales africaines peut être considéré comme n’étant pas à la hauteur des espérances formulées lors de leur création. Les télévisions privées, quant à elles, sont plus récentes et ne conçoivent pas la coopération internationale de la même manière. Elles sont contraintes par les données économiques spécifiques qui caractérisent l’Afrique et sollicitent l’acquisition de certains programmes et d’une expertise financière, administrative et commerciale. De plus, le développement et la pérennité des télévisions privées en Afrique ne sont pas assurés eu égard aux problèmes économiques et aux difficultés des télévisions à s’appuyer sur un marché publicitaire.

De surcroît se présente, au même moment, la redoutable concurrence des programmes « venus d’ailleurs » dont la diffusion est largement assurée par les bouquets satellitaires.

En conclusion, cette présentation du paysage audiovisuel africain peut nous apparaître décevante et préoccupante. Nos engagements respectifs en faveur de l’Afrique nous invitent à faire le point, à tenter de dresser un état des lieux de la situation actuelle et à nous projeter vers l’avenir.

L’Afrique est-elle condamnée à n’être qu’un territoire de consommation d’images « venues d’ailleurs », ou doit-elle au contraire pouvoir produire et regarder ses propres images ? Tout me conduit à répondre d’emblée positivement à cette dernière interrogation. Comment pourrait-il en être autrement alors que l’UNESCO est appelée à approuver un projet d’instrument normatif de promotion de la défense de la diversité culturelle ?

Au cours de notre colloque, nous nous efforcerons de cerner une donnée importante des enjeux de la télévision en Afrique qui correspond aux attentes du public africain. Ces dernières ne sont pas toujours bien connues. CFI a décidé de contribuer à la connaissance de ces publics en prenant l’initiative de commander une étude sur les attentes des téléspectateurs africains.

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