COLLOQUE CFI

Discours d’Hervé Bourges

A l’heure actuelle, la télévision en Afrique subit une double mutation constituée par l’évolution technologique et l’ouverture politique. Aujourd’hui, l’Afrique est un continent ouvert aux images « venues d’ailleurs ». Cependant, elle n’est pas encore en mesure de diffuser les siennes. L’ouverture politique, quant à elle, permet aux Etats africains d’accepter le développement de paysages médiatiques plus divers et libère les esprits du discours du média public qui était souvent univoque. Cependant, des freins existent encore, ici ou là.

Lorsque nous examinons le paysage audiovisuel africain depuis quelques décennies, nous sommes frappés par des constantes. Ainsi la faiblesse du niveau de vie des populations a empêché, pendant longtemps et dans la plupart des pays africains, la constitution d’un véritable marché des médias. Que veut dire la liberté de l’information pour des personnes qui n’ont pas le pouvoir d’acheter un journal ? Les médias publics ont, d’emblée, joué un rôle essentiel au service du développement et de la constitution d’opinions publiques africaines. De même, les caractéristiques des marchés intérieurs des pays africains étaient telles qu’il a été longtemps illusoire d’attendre de la publicité des ressources suffisantes pour permettre l’émergence de médias audiovisuels privés. L’arrivée du numérique a permis d’envisager de produire à un coût moindre. Symétriquement à cette évolution technologique, certains groupes de télévision ont commencé à développer en Afrique un marché nouveau de chaînes spécifiques.

Par ailleurs, une étape décisive a été franchie dans les années 90 et 2000 au travers de la mise en place d’autorités de régulation indépendantes. Regroupées au sein d’un réseau - le RIAC -, ces dernières peuvent partager leurs expériences et travailler ensemble. Je tiens à saluer l’action de l’organisme de régulation du Burkina Faso et à souhaiter à l’autorité de régulation togolaise qui vient d’être refondée de fonctionner en toute efficacité et indépendance.

Désormais, les pays africains peuvent être le berceau de chaînes de télévision privées de grande qualité capables de rivaliser avec les chaînes de télévision nationales. Elles peuvent apporter un souffle nouveau par le biais de la concurrence. Je tiens également à saluer l’action d’Africable.

A l’extrême pointe de l’évolution technologique actuelle, des images de télévision sont désormais diffusées sur Internet. Afrique.com s’apprête à lancer une émission musicale récurrente sur Internet. Il faut penser l’audiovisuel en Afrique avec les technologies d’aujourd’hui.

Dans ce paysage audiovisuel qui est enfin en mouvement, les pays africains francophones sont confrontés à une nouvelle concurrence, celle de bouquets transnationaux anglophones comportant des programmes de grande valeur. Léopold Sedar Senghor qui fut lui-même témoin attentif à la formation et au travail de la première génération des journalistes africains, prophétisait, à juste titre, l’avènement au XXIème siècle d’une civilisation de l’universel. Mais, il insistait pour qu’à cette civilisation toutes les cultures, toutes les langues soient conviées. La seule manière de lutter contre l’entropie linguistique et culturelle réside dans l’approfondissement de l’expression des cultures, notamment à travers celle des langues. Les télévisions constituent aujourd’hui le premier moyen d’accès à la culture, de transmission de la langue collective, d’acquisition de références communes, d’où l’importance d’établir des tissus audiovisuels africains multilingues.

Il est indispensable d’adapter les outils et les structures de coopération aux nouveaux besoins des acteurs de l’audiovisuel en Afrique. La coopération doit avoir, désormais, pour première finalité, de contribuer à l’essor d’une production africaine qui pourra, demain, rayonner d’un pays à un autre en Afrique même. Depuis vingt ans, nous entendons ce discours. Nous devrions peut-être nous atteler à cette tâche aujourd’hui.

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