"Moi, journaliste libyen" : Tarek Abed Al Salam Al Houni

18 août 2017

Le témoignage de Tarek Abed Al Salam Al Houni, rédacteur en chef à l'agence Clouds news agency à Tripoli (Libye).

Je m'appelle Tarek Abed Al Salam Al Houni.

Dans sa quête de réformes, de développement et d'instauration de la justice, la Révolution a offert aux médias, censurés depuis des décennies, d'une façon inattendue, une liberté sans limites. Mais cette liberté s'est transformée en chaos, en anarchie puis en absurdité totale à cause des financements politiques. Tel est le cas actuellement de la plupart des chaînes de télévision et des stations de radio privées.

Avant la Révolution : hypocrisie, flatterie et éloge ; après la Révolution : caprices, intérêts, complots et quasi-éliminations… Personne n'impose de normes ni de limites. Nous associons tout cela au mouvement de liberté et nous nous vantons des slogans, alors que nous sommes face à des médias qui trompent la société, intentionnellement ou par complicité silencieuse. Le mal se divise ainsi en deux catégories : la première émet des discours trompeurs et la seconde garde la justice sous silence.

La corruption des médias ne se limite pas uniquement aujourd'hui au niveau de la profession ou de de la conscience, elle atteint aussi l'honnêteté, surtout avec l'arrivée des fonds étrangers qui sont venus s'unir aux fonds privés, réussissant ainsi à louer, acheter ou déléguer ceux qui détruisent sans arrêt le pays à travers des mesures censées l'aider dans sa transition vers un futur meilleur et non le ramener des années en arrière…

La société est désormais menacée et le pays est en danger à cause de cette situation qui s'est répandue et à cause de la corruption des médias. Leur manque de professionnalisme pourrait conduire à une catastrophe pire que celle qu'ils ont causée par leur hypocrisie durant les décennies précédentes, d'autant plus qu'ils sont en période de transition… En effet, après l'effervescence qui a accompagné la période de création et de lancement des médias, ceux-ci sont tombés dans le pessimisme et la frustration et sont passés à un discours de haine envers les personnes et les institutions, incitant au chaos et à la division, desservant la démocratie au lieu de la servir.

Le pays vit aujourd'hui une étape cruciale et délicate de son histoire. La plupart des médias égarent l'opinion publique par leurs contradictions permanentes et on assiste à une véritable contamination de tous les médias.
Il est vrai que, dans un pays dont les objectifs visent une bonne gouvernance, les médias doivent jouir d'une liberté d'expression. Mais cette liberté ne s'offre pas uniquement à celui qui travaille dans le domaine journalistique, elle s'offre à celui qui joue un rôle important dans l'implantation pratique des trois principes connus dans la gouvernance politique : la transparence, la responsabilité et la franchise. Ajoutons à cela la mission d'éclairer les autres, qui relève de la responsabilité de tout organe de communication contemporain. Éclairer en fournissant les informations nécessaires pour comprendre les évènements actuels, ainsi qu'en révélant la vérité et en combattant l'obscurantisme…

Des médias qui ont comme but ultime de bâtir et qui travaillent pour y arriver, pour rebâtir ce que les années de faiblesse ont détruit.


Afin de préserver le dialogue démocratique en Libye, CFI a lancé, en partenariat avec le Centre de Crise et de Soutien du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, le projet Hiwar début 2017. Ce projet offre un espace d'expression de différents points de vue sur la presse libyenne. Une session, composée de quatre ateliers, a été organisée en Tunisie. Douze journalistes libyens, venant de Libye, de Jordanie, de Turquie, d'Égypte et de Tunisie, y ont participé.

Ce témoignage fait partie du livret Moi, journaliste libyen, qui regroupe des textes libres préparés par les journalistes du projet Hiwar.

Retrouvez l'intégralité de ces textes dans le kiosque.