Médias & pluralisme

Le programme "médias et pluralisme" aborde les enjeux de gouvernance démocratique à travers le renforcement des cadres législatifs, l'affirmation de la diversité des paysages médiatiques, le traitement serein de la parole politique et la production éthique d'une information plurielle et de qualité. Les médias sont positionnés au centre de la relation entre dirigeants et société civile et doivent à la fois expliquer, analyser et offrir une possibilité d'expression à toutes les composantes d'une société, y compris les plus fragiles.

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Projets

4M Caucase

Soutien à la professionnalisation et au développement de plusieurs médias en ligne du Sud Caucase et de Biélorussie.

Radio Dialogue : des radios pour la paix

Radio Dialogue : des radios pour la paix

Contribution au renforcement de la cohésion nationale et à la réconciliation entre les communautés par le biais des radios de proximité en Côte d...

Faso Médias

Faso Médias

Projet de soutien aux médias burkinabè en matière d'éducation civique et de traitement citoyen de l'information politique.

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1.Contexte général

La notion de pluralisme transcrit, dans le secteur des médias, les valeurs de liberté d'expression qui figurent dans les principes démocratiques fondamentaux. Dès 1789, l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen précise que « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ».

« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ».

Les démocraties solides s'appuient toutes sur de tels préceptes qui protègent un vaste espace d'information et de débats où chacun peut interagir et s'exprimer. La liberté d'expression et la liberté de la presse sont intimement liées à cette notion de pluralisme des médias en tant que marqueur de développement d'un pays.

Face au pouvoir des gouvernants et des élus, les journalistes alimentent le débat et contribuent à densifier le lien social

Le pluralisme, marqueur démocratique

L'introduction du pluralisme médiatique accompagne les réformes de gouvernance des pays. Ce pluralisme ne se décrète pas a priori et sa traduction dans la réalité quotidienne suit le rythme des développements politiques, économiques et sociaux de son environnement. En ce sens, le pluralisme médiatique n'est pas un déterminant de développement mais une condition pour permettre l'éclosion d'un secteur d'activités qui doit trouver un équilibre dans sa diversité et la réponse qu'il apporte aux attentes du public qui le fait vivre.

Le pluralisme constitue également un élément de crédibilité qui renforce les démocraties.
Le pluralisme constitue également un élément de crédibilité qui renforce les démocraties. La bonne gouvernance peut s'enraciner quand les journalistes sont à la fois libres et responsables, à même de surveiller, d'enquêter et de critiquer.

Le poids, le pouvoir et les responsabilités donnés aux médias sont au cœur de la construction des Etats démocratiques. Toutes les phases de modernisation génèrent des espaces de fragilité ; les médias permettent à travers l'explication, le débat et la critique, de faire vivre la démocratie en permettant aux plus faibles de s'approprier l'information et de construire leur propre opinion. Ainsi, chaque citoyen est acteur dans un Etat de droit.

La dimension économique (abordée dans le programme Médias et entreprise) constitue, dans sa globalité, l'un des fondements du pluralisme qui tient à la fois à la diversité du paysage médiatique mais aussi à sa cohérence dans le temps. Chaque média est un repère, un élément du débat global qui renforce l'équilibre fragile du secteur.

Le pluralisme ne se décrète pas

La démarche d'aide au développement est clairement distincte des logiques d'urgence ou de post-conflit, d'une manière générale comme dans le domaine des médias.
Les médias sont des amplificateurs dont l'efficacité est construite sur le socle de la confiance gagnée progressivement au gré d'une pratique rigoureuse et éthique de ce métier.

Les médias sont des amplificateurs dont l'efficacité est construite sur le socle de la confiance gagnée progressivement au gré d'une pratique rigoureuse et éthique de ce métier.

Plusieurs exemples de mobilisation massive après des conflits (Irak, Afghanistan) qui visaient à plaquer des systèmes pluralistes sur un contexte préexistant ont, malgré les moyens déversés, largement échoué. A l'inverse, les actions d'aide au développement visant à densifier le pluralisme médiatique d'un pays passent par la mise en place dans le temps de principes et d'outils que les acteurs locaux s'approprient durablement.

2.Les enjeux prioritaires en matière de pluralisme

Le pluralisme médiatique trouve une traduction dans de multiples enjeux que l'on peut regrouper en quatre priorités principales :

Les enjeux prioritaires en matière de pluralisme

Le quatrième pouvoir repose sur la crédibilité de ses acteurs

Le rôle des médias dans les processus démocratiques n'est pas un droit acquis mais un contrat de confiance construit patiemment entre la population et les médias. Le rôle des médias dans les processus démocratiques n'est pas un droit acquis mais un contrat de confiance construit patiemment entre la population et les médias.Face au pouvoir des gouvernants et des élus, les journalistes alimentent le débat et contribuent à densifier le lien social. Le fondement de cet échange réside dans la qualité, l'éthique et la capacité des médias à livrer des informations hors de toute tentation de propagande ou de manipulation

Ce lien de confiance prend d'autant plus de temps à se construire qu'il repose sur les pratiques des médias d'Etat encore très influents dans de nombreux pays. Le pluralisme ne se décrète pas en créant des médias mais en mesurant, dans le temps, la crédibilité que le public leur accorde.

Quel que soit le média, papier, radio, télévision ou web, l'information est à la fois le contenu médiatique le plus coûteux à produire et le moins rentable par rapport aux autres genres. La crédibilité a un coût.

Le traitement de l’information politique est au cœur de l’indépendance des médias

La couverture de l'information politique, notamment nationale, est souvent la première mission des médias. Or, les processus démocratiques sont en général perçus comme des facteurs déstabilisants porteurs à la fois d'incertitudes et d'espoirs souvent démesurés. La couverture des sujets politiques fait peur aux dirigeants qui craignent une déstabilisation des équilibres, souvent fragiles, avec lesquels ils doivent composer pour diriger ou légiférer.

La dimension politique de l'information n'est pas naturellement maîtrisée non plus par les médias ni par le grand public, surtout quand la parole politique a été strictement encadrée pendant de nombreuses années et une formation des journalistes défaillante.

L'enjeu est complexe : au départ, aucun des acteurs (politiques, journalistes et public) ne maîtrise en général les ressorts d'une parole politique démocratique dans les médias.

L'enjeu est complexe : au départ, aucun des acteurs (politiques, journalistes et public) ne maîtrise en général les ressorts d'une parole politique démocratique dans les médias. L'appropriation et la construction d'unlien de confiance ne peuvent donc être qu'empiriques et progressives.

La maîtrise de ces pratiques nécessite une culture de la politique qui doit progressivement s'installer en dehors des périodes électorales pour irriguer le débat public. La promotion du débat d'idées, la remise en cause des idées reçues ou la confrontation d'opinions divergentes enrichissent la couverture de l'information et permettent d'aborder les échéances électorales à partir d'un vécu partagé où chacun peut trouver sa place.

Cette recherche de maturité politique et de ciment social offre ensuite les meilleures conditions pour que le grand public puisse se faire une opinion et exercer son droit démocratique en connaissance de cause.

Le pluralisme repose sur la diversité des acteurs médiatiques

Le pluralisme trouve une cohérence avec un certain recul qui permet de s'appuyer sur un équilibre entre les opérateurs publics, les groupes privés et les acteurs de la société civile, notamment dans le secteur émergent des médias en ligne.

Un équilibre harmonieux, consensuel et régulé des attributions et contraintes de chacun contribue à renforcer l'unité du pays et à apaiser les tensions. La démocratie ne peut s'exercer que si le paysage médiatique est indépendant, pluraliste, libre de toute emprise gouvernementale et de toute pression politique ou économique, et si les médias ont accès aux ressources matérielles et aux infrastructures nécessaires pour produire et diffuser une information.

Selon la présentation générale de l'UNESCO, la pluralité se traduit par l'existence de médias publics, privés, commerciaux, à grande diffusion, alternatifs, nationaux et communautaires. Leur contenu doit être diversifié et ils doivent donner aux différents groupes sociaux la possibilité de se reconnaître.

Le bon équilibre entre ces acteurs permet aux gouvernants d'expliquer leurs politiques (sensibilisation) et de rendre des comptes (redevabilité). Les populations attendent que les médias locaux traduisent les grands principes dans les réalités communautaires (proximité) et renforcent la cohésion nationale autour de sa diversité.

Le public doit pouvoir faire faire la différence entre journalistes et activistes sur la base d'une relation de confiance renforcée par le respect de principes compris par tous ainsi que de techniques professionnelles reconnues (et protégées par la loi). Cette notion est cruciale alors que les supports numériques se développent plus vite que les journalistes ne peuvent se former.

Le seul fait de proposer une alternative à des médias traditionnels décrédibilisés par des années de contrôle ouvre la porte aux activismes et potentiellement à encore plus de manipulations. L'aide au développement dans le secteur des médias devient, dans ce contexte, encore plus urgente et prioritaire pour que les forces centrifuges et nihilistes ne l'emportent pas sur l'objectif de structuration du secteur autour de valeurs communes porteuses de diversité.

Des cadres législatifs transparents et des organes de régulation efficaces

L'Etat doit produire des textes adaptés et équilibrés qui sont mis à jour en fonction de l'évolution des conditions de marché et des évolutions technologiques et qui favorisent la diversité du secteur. Les bonnes pratiques sont encadrées par des textes dont les professionnels se dotent pour éviter les dérives et la jurisprudence des habitudes. De tels textes permettent de garantir la responsabilité sociale des médias.

Au delà des principes, la crédibilité du secteur repose sur un organe de régulation indépendant qui observe, rend compte et, le cas échéant, sanctionne. Cet acteur joue un rôle de garant qui fixe un cadre, donne confiance au public et protège des dérives. Les pouvoirs qui lui sont rattachés sont cinq ordres :

  • Pouvoir de tutelle pour veiller au respect des principes édictés
  • Pouvoir normatif pour formuler des textes réglementaires ou en modifier certains
  • Pouvoir de décision pour délivrer les licences et autorisations (et nommer, le cas échéant, les dirigeants des entreprises publiques du secteur)
  • Pouvoir consultatif pour donner un avis sur les lois relatives à la communication ou les obligations du service public
  • Pouvoir de sanction pour faire respecter les règles auprès des acteurs du secteur

Les principes de liberté de la presse n'offrent aucun autre recours contre des opérateurs qui défendent la liberté d'expression si ce n'est la neutralité professionnelle d'une instance qui défend les intérêts de tous quand elle prend acte contre des dysfonctionnements. La construction d'un lien de confiance avec le plus grand nombre est à ce prix.

3.Les réponses de CFI en matière de pluralisme

Le pluralisme médiatique se décline en multiples enjeux au sein desquels CFI a choisi quatre champs d'intervention possibles :

  • Le pluralisme par la qualité de l'information
  • Le pluralisme au travers du traitement de la parole politique
  • Le pluralisme par la diversité des paysages médiatiques
  • Le pluralisme par le cadre législatif et la régulation

Le pluralisme par la qualité de l’information

Le pluralisme par la qualité de l’information

Les émissions d'information constituent la colonne vertébrale des médias généralistes. Dans de nombreux pays, elles restent les rendez-vous les plus regardés. Avec l'ouverture à la concurrence du secteur, l'information devient un marqueur de crédibilité. La refonte des rédactions constitue un acte structurant pour un média qui prend conscience de la nécessité de se moderniser pour poursuivre son développement et fidéliser et élargir son audience.

Enjeux de long terme sous l'angle des pays bénéficiaires :

  • Production régulière d'information et d'émissions de débats équilibrées
  • Traitement de sujets qui assurent une juste représentation des minorités
  • Accès à des contenus d'investigation, de transparence ou de redevabilité
  • Crédibilité des médias par leur professionnalisme

Grands objectifs des projets qui doivent favoriser la qualité de l'information

  • Mettre en place des codes de conduite et des chartes de l'information au sein des groupes médias et les appliquer.
  • Accompagner la définition de nouveaux formats d'émission
  • Former les équipes dédiées pour aborder et traiter les sujets d'investigation (rythmes propres, logiques de productions longues, sujets récurrents, coût élevé)
  • Apprendre à utiliser les informations publiques pour alimenter les émissions (indépendance et vérification des informations)
  • Etudier les conditions économiques de productions d'émissions d'investigation et organiser leurs conditions de diffusion
  • Travailler les grilles à partir des études d'audience et organiser la programmation
  • Elaborer des programmes interactifs pour faire remonter les avis des populations et contribuer à l'appropriation des processus de gouvernance

Besoins des médias bénéficiaires

  • Elaboration d'une politique de l'information (charte de travail)
  • Conseils d'organisation du management et de la gestion des rédactions
  • Formation des équipes : maîtrise des techniques de production, modernisation des format, appropriation de procédures et de nouvelles pratiques
  • Elaboration des stratégies pour organiser dans le temps le traitement de sujets complexes (politique, religion).
  • Accompagnement à la production de sujets de qualité pour contribuer à la vitalité démocratique des pays et consolider la confiance professionnelle des journalistes

Réponses de CFI pour

  • définir des procédures de newsroom management
  • former les équipes (technique et éditorial)
  • préciser les organigrammes (fiches de poste et organisation des équipes)
  • modéliser les conditions d'une nouvelle production (agenda, RH, besoins matériels, répartition des rôles, phase de planification et de validation, mise à l'antenne)
  • élargir les occasions de traitement de l'information (nouveaux formats, utilisation conjointe de plusieurs médias)
  • systématiser l'interactivité et organiser les échanges entre le grand public et les invités (outils à utiliser, modération, utilisation du direct, etc.)
  • gérer les crises (chaîne de responsabilité, transparence vis à vis du public)

Mesures d'impact

  • Lancement de nouveaux formats d'information et de débat
  • Participation des populations aux émissions
  • Diversité des sujets d'information
  • Crédibilité des médias mesurée en termes d'audiences

En Birmanie, une page blanche s’écrit sous nos yeux

Un obstacle récurrent aux projets liés à l'information réside dans l'inertie des habitudes héritées du passé. A l'inverse, en Birmanie, la junte au pouvoir pendant 50 ans n'a jamais utilisé ses médias comme outil de propagande pour légitimer son autorité. Du coup, quand le groupe Forever a approché CFI au moment de créer, ex nihilo, une rédaction télé, le challenge était d'écrire l'histoire à partir d'une page blanche.

Forever a engagé 115 personnes, loué des locaux dédiés, acheté les équipements de production et cofinancé le programme de 135 semaines de formation. Pendant 18 mois 15 experts ont formé ces néo-journalistes autour d'exercices pratiques jusqu'ils couvrent, en tant que média hôte, les jeux d'Asie du Sud Est organisés à Nay Pyi Taw.

Les experts ont été amenés à expliquer aux parents incrédules des jeunes professionnels que l'information ou le journalisme étaient des métiers. Cet échange leur a permis de dimensionner leurs ambitions par rapport aux attentes et à la capacité d'acceptation des populations. Cet exemple démontre qu'un projet ambitieux se mesure dans le temps : la coopération pose des principes qui sont validés par d'autres avancées démocratiques sans lesquelles le projet est conjoncturellement bloqué.

Le pluralisme au travers du traitement de la parole politique

Au sein des rédactions, la parole politique constitue la matière la plus complexe du fait de la relation de connivence entre le pouvoir et les médias ainsi que d'une situation locale où l'opposition n'est pas nécessairement acceptée ou reconnue par un statut.

Cette complexité est pourtant au cœur de tous les programmes d'ouverture démocratique. Les médias constituent en effet la courroie obligatoire entre toute réforme et les populations. La couverture de la politique par les médias a longtemps fait peur aux dirigeants des pays à tradition peu démocratique qui y voyaient un risque de déstabilisation qu'ils contournaient en contrôlant leurs médias. Avec l'émergence des médias en ligne, le contrôle devient impossible et seule la formation des acteurs du secteur peut consolider les processus.

Enjeux de long terme sous l'angle des pays bénéficiaires

  • Tenue rigoureuse et transparente des rendez-vous démocratiques qui rythment la vie des pays
  • Transparence dans la mise en œuvre des politiques
  • Existence de sasse d'interactions (espaces de dialogue et de co-construction) entre les dirigeants et la société civile
  • Débat serein entre les partis politiques pour expliquer leurs politiques respectives
  • Equilibre des temps de parole entre les partis majoritaires, au pouvoir et les partis d'opposition

Grands objectifs des projets qui concernent le traitement de la parole politique

  • Conseiller les équipes pour produire des contenus à la fois éducatifs et informatifs autour des enjeux généraux de la vie politique
  • Former les médias à la couverture des enjeux politiques en dehors des périodes électorales (éducation et vulgarisation)
  • Préparer la couverture des périodes électorales en plusieurs phases : calendrier électoral, présentation des programmes, débats, réponses aux questions des populations, talk-shows, programmes interactifs, résultats.

Besoins des médias bénéficiaires

  • Conseils d'organisation du management et de la gestion des rédactions
  • Formation des équipes : maîtrise des techniques de production, modernisation des format, appropriation de procédures, intégration de nouvelles pratiques, techniques d'interviews et de débat politique
  • Elaboration de stratégies pour organiser le traitement des sujets politiques
  • Accompagnement à la production de sujets de qualité pour contribuer à la vitalité démocratique des pays et consolider la confiance professionnelle des journalistes

Réponses de CFI pour

  • définir des procédures de newsroom management adaptées aux sujets politiques
  • former les équipes (technique et éditorial)
  • modéliser les conditions d'une nouvelle production (agenda, RH, besoins matériels, répartition des rôles, phase de planification et de validation, mise à l'antenne)
  • élargir les occasions de traitement de l'information politique (nouveaux formats, utilisation complémentaire de plusieurs médias)
  • systématiser l'interactivité et organiser la gestion des échanges entre le grand public et les invités (outils à utiliser, modération, utilisation du direct, etc.)
  • gérer les crises (chaîne de responsabilité, transparence vis à vis du public)

Mesures d'impact

  • Reconnaissance des médias et de leur rôle par les dispositifs d'organisation des élections (notamment les commissions électorales)
  • Existence de mesures de protection des journalistes en période électorale
  • Lancement de nouveaux formats d'information et de débat
  • Reconnaissance par les observateurs de l'équilibre de la couverture médiatique des activités de campagne
  • Participation des populations au débat électoral

Les élections africaines sous l’œil des médias

L'influence politique de la France en Afrique sub-saharienne explique en grande partie pourquoi les diffuseurs et autorités africaines se tournent naturellement vers CFI pour aborder les enjeux électoraux sous l'angle de la couverture média.

Ces dernières années, CFI est intervenu au Mali, au Ghana, à Madagascar et en Guinée Conakry pour former des reporters chargés de suivre les élections et de rendre compte des résultats. Une quinzaine d'experts ont encadré 110 journalistes de 5 pays pour les familiariser avec les techniques d'interviews, l'équilibre des commentaires politiques, la présentation des programmes et bien d'autres formats de contenus télévisés.

Une évaluation indépendante commandée en 2013 par le Ministère français des Affaires étrangères autour des soutiens français à la bonne tenue des processus électoraux révèle que les journalistes formés par CFI « estiment avoir acquis de nouvelles compétences » et apprécient « le caractère pratique des formations menées dans des situations de productions concrètes ». L'objectif d'amélioration de la couverture dans le contexte de chaque pays a donc été globalement atteint.

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4M Caucase

Le cas d’école de l’élection ivoirienne

Au plus fort des tensions entre Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo, le conseil national de la communication audiovisuelle ivoirienne a demandé à CFI d'évaluer la possibilité que la RTI organise un débat télévisé avant le second tour.

CFI a mandaté le journaliste présentateur de TV5 Monde, Philippe Dessaint, pour soutenir le journaliste de la RTI qui a fini par convaincre les deux camps de l'intérêt qu'ils avaient à se livrer à un tel exercice. Le débat a tenu toutes ses promesses et fut d'un niveau inespéré compte tenu du contexte si particulier.

Le second tour de l'élection fut suivi d'une crise de régime de 5 mois qui prouve que les médias ne peuvent imposer la démocratie. Cette émission a néanmoins insufflé les bases de la culture de l'affrontement cathodique auprès d'une population toujours plus exigeante.

Enjeu : couvrir les premières élections libres de Tunisie

Face aux attentes démocratiques nées de la perspective d'une élection libre, CFI a redéployé des moyens importants pour aider les médias nationaux (radio et tv) à informer le public et à présenter les candidats.

En 6 mois, CFI a monté 28 interventions – 250 journées de travail éditorial et technique. Face à l'existant, ce programme ne pouvait greffer une culture et un recul politique en si peu de temps. CFI s'est donc attaché à redonner une forme de crédibilité aux JT des médias publics que plus personne ne regardait.

CFI a résisté à la demande de produire les émissions à la place les tunisiens en prenant le risque de les obliger à s'approprier les techniques pour un résultat de très bonne tenue. Le résultat à court terme (couverture des élections) a été atteint mais il n'a pas permis d'initier un processus durable de modernisation de l'Etablissement de Télévision Tunisienne.

Le pluralisme par la diversité des paysages médiatiques

Le pluralisme repose sur la diversité des paysages audiovisuels. Si les pays du nord redéfinissent les périmètres avec régularité au gré des avancées technologiques, il n'en est pas de même dans les pays de faible ouverture démocratique. Quand l'ouverture à la concurrence existe, les nouveaux entrants doivent affronter des conditions d'accès souvent subjectives et visant à limiter les effets de cette libéralisation.

Même si la crédibilité des médias traditionnels est fortement altérée par le contrôle étatique, les jeunes organes de presse ne peuvent se limiter à des productions militantes. L'exigence professionnelle s'applique également aux nouveaux entrepreneurs qui revendiquent une identité journalistique.

Cette diversité ne peut se limiter à l'ouverture du marché à un plus grand nombre d'opérateurs, elle concerne également, si ce n'est plus, la diversité des voix et des publics. Le développement des pays du Sud a longtemps été mesuré au prisme des capitales dont les médias nationaux sont le reflet le plus naturel. Les enjeux de réconciliation, de reconnaissance des minorités et de désenclavement de certaines régions doivent être accompagnés de relais médiatiques.

Enjeux de long terme sous l'angle des pays bénéficiaires

  • Existence de médias privés dont le développement contribue à l'équilibre, la diversité et l'économie générale du paysage audiovisuel national
  • Accès à des offres diverses construites autour de productions locales et complétées par des offres nationales et internationales
  • Développement de médias locaux
  • Représentation des communautés dans le débat national

Grands objectifs des projets qui visent la diversité des paysages médiatiques

  • Moderniser régulièrement le cadre légal pour tenir compte des nouvelles opportunités technologiques et attentes territoriales
  • Partager l'expérience française en matière d'actionnariat des groupes médias et en matière de gestion de l'attribution des fréquences (à l'heure de l'explosion numérique)
  • Former les acteurs qui obtiennent des licences locales afin que les contenus ne se limitent pas au seul périmètre communautaire

Besoins des états bénéficiaires

  • Réponse aux échéances d'ouverture des paysages audiovisuels à l'occasion du passage au numérique
  • Mise en place de conditions de marché équilibrées à partir des règles existantes
  • Construction d'un modèle économique qui permette de financer la production locale
  • Augmentation des offres locales pour renforcer la proximité avec les populations, les minorités et les communautés

Réponses de CFI pour

  • Orienter les médias traditionnels pour ouvrir certains espaces à des voix peu entendues pour permettre un débat représentatif de toutes les réalités du pays
  • Rassembler et former les médias qui émergent en ligne
  • Proposer des occasions de retours d'expérience pour profiter des acquis et stimuler la création de nouveaux projets
  • Former des formateurs sensibilisés aux enjeux des minorités et des communautés pour s'adresser à un grand nombre d'opérateurs
  • Dans les périodes de mise en place de la TNT, orienter les choix éditoriaux des nouveaux entrants autour des productions locales

Mesures d'impact

  • Ouverture du secteur
  • Augmentation des émissions qui s'ouvrent aux minorités et communautés
  • Clarté (et faisabilité) des conditions d'obtention d'une licence
  • Audience des médias en ligne

4M : des projets au service des acteurs en ligne

CFI a lancé sont programme 4M en 2011 en référence au 4ème média, dont le pouvoir ne peut laisser insensible aucun gouvernement. Jusque là, les promesses d'ouverture du secteur étaient lentes et rarement menées jusqu'au niveau des promesses initiales.

Les projets 4M sont destinés aux acteurs du Sud qui veulent contribuer au pluralisme en développant des offres au plus près des attentes du public.

CFI contribue directement à la diversité des paysages médiatiques en professionnalisant des acteurs du Machrek, en formant des acteurs du Caucase au data journalism ou en accompagnant des journaux arabes dans leur transition numérique.

Plateforme pilote en Tunisie dès la chute de Ben Ali

Les printemps arabes ont pris le monde par surprise, y compris les agences de coopération médias qui ne travaillaient pas avec les médias de ces démocraties sous surveillance.

La révolte tunisienne a pointé du doigt une soif d'information que les réseaux numériques ont largement alimenté au moment de la chute de Ben Ali. Comme ce pays centralisé offrait peu de solution pour interagir avec la province, CFI et l'ONG Nawaat ont obtenu le soutien du Ministère tunisien de la jeunesse pour lancer un programme d'incitation citoyenne auprès de maisons des jeunes des 12 principales villes de province (Sidi Bouzid, Kebili, Gafsa, Makthar, Kasserine, Tozeur, Mednine, Djerba, Tataouine, Oueslatia, Bizerte et Krib).

9 formations ont donné des outils et une méthodologie aux animateurs des centres qui ont fait émerger une forme de journalisme citoyen a travers le pays.

Les interventions auprès des maisons des jeunes ont permis de mettre en place la plateforme Jaridati, un des premiers espaces d'échanges communautaires du pays.

Le pluralisme par le cadre législatif et la régulation

Le cadre légal constitue la colonne vertébrale du pluralisme. Les médias sont les acteurs d'un univers réglementé où les licences, les cahiers des charges et les règles communes constituent autant de marqueurs qui permettent au public de décrypter ce qui leur est proposé. La diversité de l'offre est liée à ce cadre dont la crédibilité dépend de l'organe de régulation et de ses pouvoirs.
La plupart des pays qui ouvrent leurs paysages médiatiques réfléchissent au contexte légal de cette ouverture et à son respect. Plus le paysage est complet, plus les réglementations doivent être détaillées et les contrôles développés.
Les gouvernements ne doivent négliger la conséquence économique de leur politique de pilotage de ce secteur (par exemple avec le dividende numérique) au moment de planifier l'intégralité de leurs investissements structurels.

Enjeux de long terme sous l'angle des pays bénéficiaires

  • Reconnaissance d'une législation qui encadre et qui permette l'activité des médias
  • Mise en place d'instances indépendantes de régulation dotées de pouvoirs et moyens et devant répondre à des modalités de recours
  • Garantie de la liberté de la presse et de la reconnaissance des diversités de conditions et d'opinion
  • Réforme des médias d'Etat en médias de service public

Grands objectifs des projets qui doivent renforcer le cadre législatif

  • Définir le mandat des médias de service public et leur indépendance vis-à-vis des gouvernants
  • Fixer les conditions d'attribution de nouvelles licences (en définissant leur cahier des charges) ou d'un dividende numérique adapté à la situation locale
  • Renforcer les instances de régulation, garantir leur indépendance et leur donner des outils de contrôle et des moyens d'action
  • Favoriser l'émergence d'acteurs professionnels (associations de journalistes, collectifs de médias, syndicats) ou issus de la société civile (collectifs de magistrats ou d'avocats)

Besoins des états bénéficiaires

  • Rédaction de lois pour encadrer le marché
  • Création ou réforme d'un organe de régulation indépendant et crédible doté de moyens d'observation et d'action (conseil, rappel à l'ordre, sanction)
  • Création d'instances de négociation entre le gouvernement et la société civile pour préparer les réformes et proposer des textes qui répondent aux attentes de tous

Réponses de CFI pour

  • Conseiller les autorités pour que le cadre légal assure un juste équilibre garant, en lui même, d'une forme de pluralité
  • Conseiller les médias publics pour regagner une crédibilité face à la concurrence
  • Faciliter la réflexion pour l'élaboration de textes nouveaux
  • Accompagner les initiatives de la profession pour la création d'espaces ou organisations professionnels.

Mesures d'impact

  • Cohérence des règles imposées aux médias publics avec celles destinées aux autres opérateurs (évolution des textes législatifs)
  • Modernisation des lois médias – textes nouveaux
  • Publication des décrets d'application des nouvelles lois
  • Clarté (et faisabilité) des conditions d'obtention d'une licence
  • Reconnaissance des instances de régulation par les acteurs du secteur
  • Reconnaissance de collectifs professionnels

Contrairement à d'autres enjeux, CFI n'a encore jamais eu à monter un projet dont l'objectif principal concernait un travail sur les lois médias. Certains experts de ce secteur (principalement du ministère de la culture) ont été appelés à partager leur expérience comme lors de l'ouverture du marché birman début 2012. Plus récemment, CFI a accompagné plusieurs sessions de conseil auprès du syndicat syrien des journalistes indépendants. Ce travail piloté sous l'expertise du SNJ pourrait déboucher sur un futur projet au moment où les conditions le permettront.

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