Cambodge : comment développer l’information rurale dans les médias ?

23 novembre 2018

Le lancement du projet Connexions rurales a rassemblé, le 25 octobre 2018 à Phnom Penh, une quarantaine de professionnels des médias et membre d'ONG pour échanger sur le rôle des médias dans le développement des zones rurales.

Ce forum d'une journée, organisé en partenariat avec le GRET, a présenté aux journalistes cambodgiens les intérêts d'une approche scientifique ou environnementale. Des alternatives ont été proposées pour développer l'information liée au monde rural, notamment en enrichissant l'offre à destination des populations agricoles et en s'adressant aux jeunes, plus sensibilisés aux problèmes environnementaux.

« Les journalistes doivent créer une passerelle entre les producteurs et les consommateurs. »
Paritta Wangkiat, journaliste environnementale au Bangkok Post

Renforcer la couverture médiatique sur les enjeux des zones rurales

Paradoxalement, si plus de 75% de la population cambodgienne est rurale, les journalistes s'intéressent peu à ces préoccupations. Le Cambodge est loin d'être un cas isolé. Les médias traditionnels ont tendance à se concentrer sur les enjeux des classes dominantes et l'actualité dans les grandes villes. Le secrétaire d'État au ministère de l'Information, Chea Chanboribo, a donc rappelé la nécessité d'apporter une information pertinente aux populations rurales. Pour cela, les journalistes doivent améliorer leurs connaissances et être capables de traiter des thématiques liées au changement climatique.

Même si les ONG se sont emparées de ce problème, l'accès à l'information dans les zones reculées demeure encore très faible.
Le GRET a présenté les premiers résultats d'une étude menée sur la consommation des médias par les agriculteurs : ils s'informent principalement grâce à la télévision, puis via leur téléphone et enfin par la radio. Ils manquent de connaissances sur les semences, les débouchés, l'accès au marché, l'utilisation des pesticides, l'adaptation au climat…
Alors que l'agriculture représente 26% de l'économie du pays, elle fait face à deux enjeux majeurs : l'impact des pesticides sur la santé publique et le changement climatique. Les médias ne peuvent plus ignorer ces sujets qui concernent l'ensemble de la population.

Améliorer les compétences des journalistes dans le traitement de sujets agricoles et environnementaux

Pour Harry Surjadi, journaliste scientifique indonésien, les médias doivent d'abord écouter les fermiers, comprendre comment ils travaillent, puis interroger des experts sur les problématiques agricoles et enfin publier des histoires pertinentes.

Pour Paritta Wangkiat, journaliste environnementale au Bangkok Post, les médias doivent établir un pont entre producteurs et consommateurs et ne pas se concentrer uniquement sur les désastres environnementaux, mais apporter des solutions.

Partir d'histoires simples, basées sur des personnages réels, pour ensuite parler du changement climatique est l'une des manières les plus efficaces d'intéresser le public, selon Suy Se de l'AFP. Il s'agit de faire comprendre simplement au lecteur l'impact sur sa vie personnelle de phénomènes globaux comme la déforestation ou l'usage de pesticides.

« Les médias ont trop tendance à ne s'intéresser qu'aux catastrophes naturelles et à dépeindre les paysans comme une population arriérée, victime et isolée. Les journalistes doivent casser ces stéréotypes et s'intéresser également aux solutions. »
Paritta Wangkiat, journaliste environnementale au Bangkok Post