Femme journaliste au Yémen : un défi à relever

4 mars 2020

Wedad Al-Badwi, journaliste indépendante de 36 ans et fondatrice de l'association des femmes journalistes yéménites, raconte les difficultés auxquelles sont actuellement confrontées ses homologues au Yémen et évoque les initiatives mises en œuvre pour les soutenir.

"Nombreux sont les défis que doivent affronter les femmes journalistes au Yémen, depuis que la guerre a éclaté au début de l'année 2015 : réductions de salaires, pertes d'emplois, prédominance masculine dans les médias… La réticence des familles, inquiètes des risques en période de conflit, restreint aussi l'activité de ces femmes.

Un autre défi est le manque de médias indépendants et neutres, dont les politiques éditoriales ne sont soumises ni à l'argent,"Un autre défi est le manque de médias indépendants et neutres..." ni aux pressions des nombreuses factions politiques en conflit.

La présence de groupes armés dans les différents gouvernorats est aussi une difficulté. En effet, les femmes journalistes sont limitées à une zone spécifique, soumise à une certaine autorité, ce qui entrave leurs mouvements et leurs déplacements entre les villes. En outre, l'obtention d'informations et de déclarations est devenue très difficile, quelles que soient les parties interviewées.

Les journalistes souffrent également d'une baisse de revenus financiers, en raison de la diminution des offres d'emploi et du manque d'opportunités de formations et de stages. Elles font souvent l'objet de menaces et de campagnes de diffamation sur les réseaux sociaux, alors qu'il n'existe pas d'institution efficace pour les défendre. Le rôle du Syndicat des journalistes se limite en effet à une simple déclaration lors d'un emprisonnement ou d'un assassinat."

Pression psychologique

"Ce manque de sécurité, de protection et les répercussions de la guerre accentuent la pression psychologique que subissent les femmes journalistes.

Face à ces difficultés, elles ont adopté certaines mesures pour continuer à exercer au Yémen : travailler autant que possible avec des sites étrangers, écrire sous un pseudonyme, éviter de montrer sa carte de presse lors des déplacements…

L'Association des femmes journalistes yéménites organise des formations dans les gouvernorats d'Aden, de Taïz et de Sanaa, sur les aspects professionnels et juridiques du métier, et les outils médiatiques modernes. Mais ces efforts ne sont pas suffisants, car la majorité des femmes qui travaillent dans la presse sont novices, les plus expérimentées ayant dû quitter le pays ou démissionner."