Découvrir la chronique judiciaire "à la française"

9 septembre 2019

La dernière session du premier cycle de formation au journalisme judiciaire du projet Pravo-Justice s'est tenue à Kiev les 29 et 30 juin 2019. Elle était notamment consacrée à la chronique judiciaire.

Comme lors des séances précédentes, le groupe a bénéficié de l'intervention d'un acteur du monde judiciaire ukrainien, pour qui le lien avec les médias est primordial. Répondant à une demande formulée par des stagiaires, CFI a proposé l'intervention d'Ivan Smilyi enquêteur senior au NABU (National Anti-corruption Bureau of Ukraine). Celui-ci a parlé de son travail avec les médias et de l'aide que les journalistes offrent à cet organe d'enquête indépendant. Par manque de temps, nous gardons en permanence un canal de communication avec les médias, qui réalisent une partie de notre travail, reconnaît-il.

Après avoir répondu à des questions techniques ( Quelle différence entre suspect et accusé ? Que signifie un affidavit ? Quels actes d'investigation sont disponibles en ligne ? Quel est le rôle du juge d'instruction ?), Ivan Smilyi a décrit en détail les étapes allant de l'ouverture d'une instruction à celle d'un procès.

L'équipe de formateurs a aussi souhaité mettre en lumière la chronique judiciaire à la française, après une session consacrée à la couverture de la justice internationale et des crimes de guerre. Une découverte pour le groupe de journalistes judiciaires, qui a accueilli avec un grand intérêt l'intervention de Pascale Robert-Diard, journaliste au Monde.

Faire attention aux mots

Celle-ci commence par les initier – à travers sa propre découverte de la chronique judiciaire après une carrière de journaliste politique au Monde – à ce style à la fois journalistique et littéraire. "Ce que je préfère", affirme-t-elle, "c'est l'histoire de quelqu'un qui tout à coup bascule dans le crime". Des histoires qui, en relatant les jugements de faits divers ou d'affaires retentissantes, dépeignent sensiblement une société, ses visages et ses travers.

Au Monde, les procès sont couverts par des journalistes distincts de ceux qui instruisent les enquêtes. Les procès sont suivis de manière extensive, du début à la fin (une spécificité partagée en France par Le Figaro). Pascale Robert-Diard donne à son auditoire quelques clés pour comprendre, s'approprier le genre et captiver l'audience.

"Les journalistes doivent capter les moments forts du procès, ceux où tout bascule. Sur les huit heures de procès, c'est le moment que chaque juré va raconter à la maison." Pascale Robert-Diard, journaliste au Monde

"Comment faire ?" demande l'un des participants.
Racontez-moi le procès. Vos émotions, c'est ce qu'il faut raconter
.
Pendant son exposé, Pascale Robert-Diard insiste sur la précision du travail de chroniqueur, l'attention à accorder aux expressions, aux silences, aux mots et aux notions juridiques employées, qui garantissent aussi le respect du journaliste par les magistrats et les avocats. "La matière est sensible, nous relatons la vie des autres, donc il faut faire attention aux mots."

Selon un témoignage de stagiaire, "la master class avec Pascale Robert-Diard a été la plus efficace. Pratique et concrète, elle nous a apporté des connaissances que nous pouvons utilise ". Elle semble avoir suscité des vocations chez quelques bénéficiaires du premier cycle de formations, qui pourront continuer à profiter du fond de soutien à la production mis à disposition par Pravo-Justice.