Femmes en transit

1 juillet 2020

Femmes en transit, lauréat de Médialab Campus 2019, est actuellement en phase de finalisation.

Malgré les incertitudes toujours très vives, les porteurs de projets inter-écoles lauréats organisent le report de leurs activités à la rentrée 2020, ainsi que les stagiaires, dont les stages étaient prévus cet été : retour sur le projet Femmes en transit, lauréat de Médialab Campus 2019, et actuellement en phase de finalisation.
L'École Supérieure de Journalisme de Lille, l'École de Journalisme de Cannes et l'Université britannique du Caire se sont associées pour proposer le projet Femmes en transit dans le cadre du Médialab Campus de CFI.

L'objectif de Femmes en transit, lancé à l'automne 2019, Un regard croisé sur un sujet sensible.était de réaliser trois documentaires d'une dizaine de minutes sur une thématique commune, mais en trois lieux différents : Le Caire, avec des femmes en rêve d'Europe, Vintimille, à la frontière franco-italienne et à Calais avec les candidats à la migration vers l'Angleterre. Si chaque équipe était indépendante dans les tournages, le travail en commun permettait d'apporter un regard croisé sur un sujet sensible et toujours d'actualité.

Des regroupements ont eu lieu au Caire et à Lille avec les rédactrices en chef et la formatrice en charge du projet. Ils ont permis avant tout de confronter des méthodes de travail, de finaliser le choix des sujets, d'échanger sur les contraintes spécifiques à chacun d'entre eux et d'envisager ensemble des solutions. Entre chaque rassemblement, de nombreuses réunions Skype ont eu lieu entre la formatrice et chacune des écoles ou des réunions collectives.
Les étudiants du Caire ont également bénéficié de deux jours de formation spécifique à la préparation du tournage et à l'intention journalistique dans l'image.

Des difficultés liées au sujet, aux grèves, au coronavirus

Après des premiers rendez-vous enthousiastes, les difficultés à travailler sur un tel thème sont vite apparues :
- À Calais, les étudiantes ont fait face à des associations qui sont lassées par le travail de certains journalistes, qui travaillent dans l'urgence. Le travail de mise en confiance a été long et n'a finalement pas abouti. Les étudiantes ont été obligées de revenir à Lille, où les associations sont moins sollicitées. Mais il a fallu recommencer à zéro le travail d'approche.
- Difficulté également à Vintimille. La majorité des camps de migrants à la frontière italienne a été démantelée et les associations s'accordent à dire que la crise migratoire à Vintimille est terminée. Le plus faible nombre de migrants a rendu plus complexe la prise de contact et le maintien de celui-ci dans la durée. Plusieurs contacts ont pu être établis, mais plusieurs femmes ont ensuite disparu sans donner de nouvelles.

- Les grèves de fin d'année en France ont contraint notre formatrice à déplacer et à annuler deux missions prévues à Cannes. Mais l'accompagnement des élèves a pu se réaliser à distance.
- L'arrivée de la Covid-19 a également compliqué la situation : si les tournages étaient terminés au Caire et à Cannes, ce n'était pas le cas à Lille. Avec la fermeture de l'ESJ et le retour anticipé des étudiants dans leur région d'origine, le confinement a retardé d'autant les deux dernières journées de tournage, avec le risque de perdre le contact avec le personnage principal du film. Le lien a été maintenu mais la situation fluctuante au jour le jour du personnage (démarche de demande d'asile en cours, problème de santé) a rendu difficile le calage du dernier tournage.
- Un déplacement au Caire, prévu pour la finalisation du synopsis avant montage, a aussi été annulé en raison de la Covid. Là encore, les jours d'accompagnement prévus ont été faits à distance.
- Au Caire, la fermeture de l'université rend inaccessible les logiciels de montage. Le film est monté mais nécessiterait d'être peaufiné pour une diffusion professionnelle.

Une expérience incroyable pour les étudiants

Travailler sur un tel sujet pour des étudiants était sans aucun doute très enrichissant. Cette expérience a été très riche et nous a permis d'apprendre et d'évoluer sur le plan professionnel mais aussi personnel, assure Marjolaine Baud, rédactrice en chef du projet pour l'EJC. Nous nous accordons tous sur le fait que cette expérience nous a permis d'acquérir énormément de connaissances sur la situation des migrants à la frontière italienne. En allant au contact d'un certain nombre d'associations mais aussi de la femme qui a accepté de nous recevoir, nous avons désormais une vision plus globale des problématiques auxquelles un migrant arrivant en France se heurte. Aller sur le terrain nous a permis d'acquérir plus d'empathie et de compréhension avec ceux que nous rencontrons. Malgré la présence de la caméra entre nous, nous avons lié une belle relation avec la femme que nous présentons dans notre documentaire et nous en ressortons grandis.

Même remarque pour Perrine Roguet, rédactrice en chef du projet pour l'ESJ Lille. C'est une expérience qui nous a permis de rencontrer cette jeune femme, Eugénie. Nous avons aussi compris que nous étions capables de traiter un sujet aussi sensible que celui de la migration, mais surtout de nous identifier à notre personnage en tant que jeunes femmes.

Rawan Awel El-Sedfy, étudiante à l'Université britannique du Caire, a trouvé intéressant de rencontrer des gens d'une autre culture et d'une autre nationalité dans son pays et de voir comment ils pouvaient s'adapter.

Une collaboration réussie

Au-delà du thème, la collaboration entre les écoles a été saluée par les étudiants. Le travail avec les écoles de Cannes et du Caire a été une source d'apprentissage et de rencontres incroyables, que je n'aurais pas pu accomplir à ce stade de mon parcours professionnel sans ce projet, souligne Perrine. Ça m'a permis de voir comment d'autres étudiants voient le journalisme, les différentes manières de travailler. Au Caire, j'ai surtout compris que les conditions pour filmer, par exemple dans la rue, sont différentes et plus strictes que celles autorisées en France. En posant chacun notre regard sur le travail de l'autre, on a pu se donner respectivement des conseils et remarques pour tous avancer et s'améliorer.

Tibyan El Fateh, étudiante soudanaise de l'Université britannique du Caire, a trouvé enrichissant le fait de travailler avec des gens différents : « ça a bousculé ma façon de penser, ça m'a permis de m'ouvrir l'esprit ».
Rawan Awel El-Sedfy a trouvé intéressant de partager avec les étudiants français leur vision du sujet et a hâte de voir le résultat final.

Pour Marjolaine, la collaboration avec les autres écoles et avec la formatrice, Aliénor Carrière, a été très bénéfique car elle nous a permis d'échanger, d'avoir des avis et des méthodes différents de ceux que nous avons l'habitude de côtoyer dans notre école d'origine. Nous avons également pu approfondir nos compétences de travail en groupe car nous n'avons pas l'habitude de collaborer à cinq personnes. Il a fallu s'habituer à chacun, faire preuve d'écoute et de compréhension.
Rawan Awel El-Sedfy a trouvé intéressant de partager avec les étudiants français leur vision du sujet et a hâte de voir le résultat final.

Salma Mostafa Ibrahim, étudiante égyptienne, était la rédactrice en chef du projet pour l'université cairote. Elle est enthousiaste de cette expérience qui l'a conduit à se positionner comme leader, à devoir prendre des décisions critiques, à partager les rôles, gérer le temps. Ça a bousculé ma façon de penser, ça m'a permis de m'ouvrir l'esprit.Elle a aussi apprécié son séjour à Lille qui lui a donné l'opportunité de découvrir l'approche de l'ESJ en matière de formation et plus particulièrement dans la réalisation des documentaires. Travailler avec un expert m'a apporté une vision plus claire du travail des professionnels, alors qu'en tant qu'étudiante, je n'avais pas eu la chance jusqu'à présent de pratiquer dans le "vrai monde".

Pour Rawan Awel El-Sedfy, le projet a été l'occasion d'aller sur le terrain et de ne pas se contenter d'informations recueillies sur Internet.

Si le manque de temps libéré a été souligné, l'ensemble des étudiants a apprécié de pouvoir travailler sur un documentaire, format rarement travaillé en école de journalisme. Tibyan El Fateh assure que cette expérience lui a permis de porter un autre regard sur les documentaires. J'ai réalisé la quantité de travail en amont, pour que les documentalistes puissent raconter la réalité. Je suis extrêmement reconnaissante de cette opportunité, parce que je suis plus que jamais intéressée par la réalisation des documentaires et que beaucoup d'histoires autour de nous peuvent être racontées. Salma Mostafa Ibrahim souligne également les apports techniques du projet, de la préparation du synopsis à la postproduction.Ce fut une expérience très gratifiante.

Ahmed Khalid Hossain, étudiant irakien à l'Université britannique du Caire va plus loin, et assure que ce projet a renforcé son attrait pour le documentaire et que cette expérience sera déterminante pour sa carrière.

Et malgré les nombreuses difficultés rencontrées, Marjolaine conclut : Nous ne ressortons de cette expérience que du positif. Nous nous sommes heurtés à de nombreux obstacles et avons beaucoup douté mais cela nous a appris à nous dépasser et persévérer pour atteindre le résultat final. Ce fut une expérience très gratifiante pour nous d'un point de vue professionnel et marquante d'un point de vue personnel.