Les civic tech en Afrique : radiographie du paysage existant

12 décembre 2018

Les initiatives civic tech identifiées dans les quatre pays au centre de cette étude sont toutes spontanées. Aucune n'a été initiée à la suite d'incitations extérieures (qu'il s'agisse de bailleurs internationaux ou d'autres opérateurs), même si plusieurs d'entre elles ont bénéficié d'appuis après leur lancement.

Objectifs et motivation : passer des mots aux actes en matière de démocratie

La motivation qui conduit au lancement des initiatives dans le domaine de la civic tech relève souvent de la frustration et d'une insatisfaction devant l'écart perçu entre les discours officiels (sur la démocratie, la transparence, la lutte contre la corruption) et les réalités du terrain.
Point commun entre toutes ces initiatives : la possibilité offerte aux citoyens/internautes ordinaires de prendre la parole et de la rendre audible. L'appropriation des outils de communication et de mobilisation conduit à un processus inédit d'élargissement de l'espace public et permet un nouveau type d'interactions entre dirigeants et administrés.
Les objectifs affichés par les acteurs rencontrés sont concentrés sur l'approfondissement et l'enracinement des pratiques démocratiques. Cela passe notamment par la dénonciation des abus et de la corruption ainsi que par une forme d'exemplarité dans l'action menée de manière à faire coïncider le discours et les actes.

Organisation et compétences : petites équipes, forte implication

Qu'elles soient nées d'une initiative individuelle ou de la mobilisation d'un petit noyau, les initiatives civic tech dont nous avons rencontré les initiateurs ont pour point commun d'être principalement le fait d'équipes de taille réduite qui regroupent des compétences variées.
Généralement initiées par des personnes disposant d'un bagage universitaire voire d'une expérience professionnelle notable, elles cherchent le plus souvent à fédérer un noyau de bénévoles motivés au sein d'un collectif avant d'en passer à un stade plus formalisé, notamment pour aller chercher des financements.
Chaque projet met en place une organisation plus ou moins formelle dont le degré de structuration dépend de l'ancienneté des initiatives, de l'ampleur des financements collectés et, in fine, du nombre de participants actifs impliqués à temps plein. Peu de nos interlocuteurs disposent d'une expérience préalable du travail avec des bailleurs ou des agences d'implémentation.

Dans le cas de la Tunisie, on remarque que nombre d'acteurs ont une expérience internationale (notamment en France). Dans ce pays en particulier, on note également le rôle important d'acteurs de la diaspora.


Les lois et règlements s'adaptent, les administrations traînent

Les contextes législatif et réglementaire conduisent à une situation contrastée entre les pays disposant d'un cadre favorable au développement des projets numériques en général - et civic tech en particulier - et ceux qui ne se sont pas dotés d'un arsenal particulier dans ce domaine.

Au Kenya, des textes qui posent les bases d'un développement des initiatives civic tech ont été adoptés, en raison notamment de l'existence du cadre proposé pour l'accès à l'information. Ces textes exigent par exemple des organismes gouvernementaux qu'ils divulguent l'information d'intérêt public ou préparent un rapport annuel détaillant leurs activités au cours de l'année. Des sanctions sont par ailleurs prévues à l'encontre des personnes ou des administrations qui ne fournissent pas l'information.

En Tunisie, la nouvelle constitution et la loi sur l'accès à l'information et aux données publiques constituent un cadre tout à fait favorable au développement des activités dans le secteur des civic tech, comme le soulignent les acteurs interrogés. La Constitution tunisienne stipule notamment, dans son article 32, que « l'État garantit le droit à l'information et le droit d'accès à l'information ».

Des logiques d'ouverture de données encore rarement mises en œuvre

Au Sénégal, l'attitude des autorités vis-à-vis des initiatives civic tech n'est pas toujours très favorable.Les activistes citoyens qui pointent les manquements des politiques publiques sont régulièrement soupçonnés de faire le jeu de l'opposition politique. Le nouveau code des communications électroniques, adopté en juin 2018, inquiète activistes et défenseurs de la liberté d'expression. Ils pointent un certain flou et des imprécisions autour de la notion de régulation du trafic par l'Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP) et les opérateurs.
Pour les activistes, le nouveau texte donne le pouvoir au régulateur et aux opérateurs de restreindre, bloquer, ralentir, filtrer ou surveiller l'accès à WhatsApp, Viber, Messenger, Skype et autres outils similaires.

Au Bénin, la loi portant code de l'information et de la communication en 2015 pose un cadre législatif important pour le respect des principes démocratiques et de la liberté d'expression. La faible application des textes prive cependant le pays d'un cadre stable et pérenne qui donnerait aux initiatives civic tech les meilleures chances de se développer. Et le projet gouvernemental - finalement avorté - de taxer l'accès aux réseaux sociaux témoigne de cette instabilité.

Dans tous les pays de l'étude, on constate par ailleurs que l'attitude des politiques et des fonctionnaires est souvent en décalage avec les textes. Les logiques d'ouverture et de transparence des données ne sont que rarement comprises et mises en œuvre. Par ailleurs, les outils utilisés dans l'administration sont loin de favoriser le partage (faible niveau de numérisation et formats utilisés peu pertinents quand il y a numérisation).

La recherche du modèle économique

Les projets civic tech naissent de manière spontanée et sont la plupart du temps le résultat d'une frustration ressentie par leurs initiateurs. Chaque projet développe un esprit qui détermine le mode de fonctionnement et guide les actions entreprises. Cependant, la question du modèle économique génère de nombreux questionnements.

Si certaines initiatives entendent demeurer bénévoles, notamment pour préserver leur liberté et quitte à limiter leurs ambitions, la plupart des porteurs d'initiatives interrogés affichent l'ambition de se professionnaliser, d'amplifier la portée de leurs actions ou de les inscrire dans la durée. Cette montée en puissance nécessite cependant des moyens humains et matériels que les porteurs de projets éprouvent des difficultés à mobiliser.

Pour le financement des actions, le recours au financement participatif est souvent la première piste explorée. Les plateformes de crowdfunding sont peu utilisées dans ce cadre, les activistes leur préférant WhatsApp ou Facebook et les règlements en liquide. Mais si réseaux sociaux et applications de messagerie instantanée sont d'un usage plus commun au sein des publics cibles, il ne s'agit pas de dispositifs de financement participatif au vrai sens du terme. La récolte de fonds dans ce cadre revêt un caractère ponctuel et informel.

Quatre tendances principales se démarquent en matière de financement :

1. Les petits projets qui reposent sur une dynamique bénévole impulsée par une ou plusieurs personnes.

Le projet Tribune Citoyenne, qui fonctionne sur la base du bénévolat, se finance principalement grâce aux cotisations des membres et aux appels de fonds adressés aux anciens membres de l'association SOS Civisme Bénin.

Le modèle du bénévolat est également celui retenu par Elle citoyenne. L'équipe en charge du projet redoute plus que tout de se voir imposer des contraintes par d'éventuels bailleurs. Les trois membres permanents de l'équipe, ainsi que les contributeurs, interviennent sans contrepartie financière.

Chez Winou Etrottoir, pas de bailleurs par volonté d'indépendance farouche et seulement des bénévoles pour faire fonctionner l'association tunisienne. Les cotisations des membres permettent à l'association de subvenir aux besoins financiers.

Save Dakar s'appuie sur les contributions bénévoles de la communauté fédérée en ligne. Les actions de nettoyage de plages, d'écoles ou de rues des quartiers populaires dans la capitale sénégalaise s'appuient sur des contributions bénévoles. À l'origine de ce projet, Mandione Laye Kébé mène une réflexion autour de la question du modèle économique qui permettrait de professionnaliser les actions de l'association partie d'une mobilisation des citoyens sur les réseaux sociaux.

2. Les projets ponctuels qui bénéficient de subventions provenant de différents bailleurs (ambassades, ONG et organisations internationales) et dont les activités entrent dans le champ d'action des bailleurs.

Au Bénin, le financement de la plateforme Voix et Actions Citoyennes a été assuré à 95% par le Fonds de soutien aux initiatives de redevabilité (FOSIR) mis en œuvre par la Maison de la société civile et la Coopération suisse. Le reste du financement a été assuré par le porteur du projet qui assume le caractère ponctuel.

Le mouvement Africtivistes s'appuie lui aussi sur des bénévoles. Il explore cependant les moyens de financer le travail d'une petite équipe permanente au sein de l'association. Les budgets obtenus des bailleurs et de certaines ambassades ne couvrent que le financement des actions de l'association et pas le fonctionnement de la structure.

3. Les projets qui vendent des prestations ou qui valorisent un savoir-faire.

PolitAgora a obtenu les fonds nécessaires au lancement de ses activités en remportant un Hackathon doté de 3000 € de récompense. C'est ce qui a permis à la jeune équipe de lancer son projet durant Pour se financer, le projet s'appuie notamment sur sa notoriété et sa capacité de mobilisation. les municipales du printemps 2018 en Tunisie. L'équipe souhaite développer des services payants basés sur les technologies et les données produites dans une logique de start-up.

Écoles du Sénégal, qui s'est lancé en gagnant des concours sur l'entrepreneuriat social ou le numérique, a évolué pour devenir aujourd'hui une SAS au capital de 6 millions de francs CFA. Entreprises agroalimentaires ou écoles supérieures sont prêtes à payer pour avoir une tribune lors des événements organisés par le projet et qui réunissent des centaines d'élèves.

Ushahidi a opté pour un modèle d'affaires qui repose à la fois sur la collecte de fonds et la subvention d'entreprises et de fondations. Des services d'expertise en renforcement de capacités dans l'utilisation du produit après téléchargement sont également proposés. La plateforme est financée par huit bailleurs. Toute l'équipe d'Ushahidi au Kenya est rémunérée.

4. Les projets issus de grandes structures largement professionnalisées, capables de répondre à des appels à projet complexes et de supporter les charges liées à la gestion des fonds alloués.

Pour publier son Présimètre, la West Africa Network for Peacebuilding ( WANEP) peut compter sur un financement à hauteur de 90% par la Open Society Initiative for West Africa (OSIWA).
L'organisation, qui s'appuie sur une équipe de près d'une vingtaine de salariés, intervient sur plusieurs projets financés par différents bailleurs.

KICTANet collabore avec des organisations et des entreprises locales ou internationales.
La plateforme est soutenue par huit organisations, notamment par des dons ou des financements de projets spécifiques.
Les contributions du secteur privé et d'entreprises locales et internationales membres de la plateforme lui permettent également de rémunérer ses employés.

Réduire l'écart entre porteurs de projets et bailleurs internationaux

À plusieurs reprises, nous avons constaté un écart important entre les attentes des porteurs de projets et celles des bailleurs de fonds internationaux ou des agences d'implémentation.
Monde nouveau et peuplé d'acteurs débutants dans le domaine du montage de projet, les civic tech constituent un écosystème dynamique, spontané et encore peu professionnalisé.
De leur côté, les bailleurs ont mis en place des process qui s'adressent à des porteurs de projets plus aguerris en matière d'élaboration de programme de ce type. Il en résulte parfois des incompréhensions concernant les attentes et les priorités des uns ou des autres.

Dans ce contexte, il apparaît nécessaire de chercher à réduire cette distance en favorisant les échanges entre porteurs de projets et bailleurs/agences à travers des rencontres régulières, des dispositifs de formation aux techniques de la gestion de projet et à la réponse à des appels à candidatures ou à projets.
Pour leur part, les bailleurs peuvent être invités à adapter certains de leurs dispositifs pour les rendre plus accessibles à des porteurs habitués à évoluer dans un monde numérique où fluidité et rapidité d'action constituent des maîtres mots.

Les indicateurs de performance des actions civic tech à inventer

La question de l'impact des initiatives civic tech, par-delà leur audience, est rarement prise en compte, en raison notamment de la complexité conceptuelle et méthodologique de cette question.
En raison également des coûts associés au traitement de cette dimension. « Il est difficile et coûteux d'effectuer un sondage pour mesurer l'impact d'un projet. Nous nous appuyons donc essentiellement sur le volume des interactions sur les réseaux sociaux autour de nos publications. » Mandione Laye Kébé, photographe et fondateur du projet Save Dakar
Selon plusieurs porteurs de projets interrogés, les chiffres de fréquentation ou le volume des interactions générées sur les réseaux sociaux prennent donc le dessus sur l'impact réel et à long terme des projets.
La capacité des réseaux sociaux à fournir des statistiques d'audience ou d'engagement est donc mise à profit pour mesurer l'impact des actions menées. En réalité, ces indicateurs sont plutôt choisis pour leur facilité d'accès que pour leur pertinence réelle. Et dans nombre d'activités civic tech, ce sont des indicateurs d'audience semblables à ceux des médias qui sont pris en compte.
Au Kenya, le volume des téléchargements et le nombre d'utilisateurs sont les principaux indicateurs de mesure de performance pour Ushahidi. Tendance similaire pour PesaCheck, qui s'appuie essentiellement sur le trafic des internautes sur la plateforme.

Anne-Marie Befoune, de Elle citoyenne, pointe de son côté une focalisation sur l'impact à court terme, au détriment de l'utilité et de l'impact à long terme des actions menées. Sans se limiter à l'audience sur le web ou les réseaux sociaux, certains projets s'appuient sur des indicateurs informels pour évaluer l'efficacité de leurs actions. « Le fait que le gouvernement tunisien implique le projet Cartocitoyenne au cours d'ateliers avec les administrations et la société civile pour la mise en place du décret-loi sur l'ouverture des données peut servir d'indicateur, même si cela reste très informel », souligne Khalil Teber de la Fondation Rosa Luxemburg, principal bailleur du projet.

Winou Etrottoir dispose de données d'impact différentes. L'association tunisienne attribue un label aux candidats des élections municipales et s'appuie sur le nombre de candidats labellisés qui ont été élus. « Dans les résultats des municipales, on constate que Winou Etrottoir a eu un impact. On a donné la possibilité aux candidats de se présenter et, pour certains, d'être élus », se réjouit Rafik Al Falah, secrétaire général de l'association qui est passée de l'action citoyenne à l'action politique.


La place des femmes reste réduite

On ne trouve pas plus de femmes dans les projets civic tech que dans d'autres domaines d'activité, qu'ils soient numériques ou non. Au Bénin, au Sénégal ou en Tunisie, on rencontre des femmes certes, mais plutôt dans des projets en lien avec les questions de santé ou d'environnement, par exemple. Peu dans d'autres domaines d'action.

« L'énergie est la même chez les hommes et les femmes, mais ce sont les sujets traités qui sont souvent différents », remarque Florent Youzan, activiste défenseur de l'open source et aujourd'hui directeur du Laboratoire Innovation Afrique de la Société Générale.

Questionnés sur cette faible présence des femmes, nos interlocutrices et interlocuteurs pointent une réticence féminine à franchir le cap de l'entrepreneuriat et à sortir de l'informel. Le Kenya fait figure d'exception dans la mesure où nous avons constaté que la parité y est de mise : nous avons identifié autant de femmes que d'hommes dans les initiatives civic tech, même si les femmes apparaissent un peu moins présentes lorsqu'il s'agit de prendre publiquement la parole et de se placer sur le devant de la scène.

Questions de transmission entre jeunes et doyens des civi tech

Les premières initiatives dans le domaine des civic tech sur le continent africain remontent à une dizaine d'années. Les précurseurs, alors âgés de 25 à 30 ans, ont aujourd'hui de 35 à 40 ans et capitalisent sur leur expérience en matière de mobilisation citoyenne et de gestion de projets numériques.

La question de la transmission des savoir-faire entre ces « doyen(ne)s » des civic tech et les jeunes générations se pose, dans la mesure où la mobilisation des jeunes adultes qui s'engagent dans ces initiatives citoyennes est souvent spontanée.

En proie à la colère face aux dérives liées à la corruption ou au manque de prise en compte des citoyens dans la décision politique, les jeunes manquent souvent de méthode pour s'attaquer à ces problèmes. Cela les conduit parfois à vouloir s'en prendre individuellement à des acteurs politiques plus qu'au système qui a permis l'émergence de telles pratiques.

L'enjeu de la formation apparaît central afin de faciliter le partage d'expérience entre doyens et jeunes activistes, à l'exemple des dispositifs de mentorat mis en place au Kenya et qui pourraient être déployés dans les autres pays, notamment dans le cadre des associations de blogueurs.

Les freins et les obstacles au développement des civic tech

« Et finalement, que vous manque-t-il ? »
C'est la question que nous avons posée à tous les acteurs que nous avons interrogés, afin d'identifier les principaux freins et obstacles au développement des civic tech dans leur pays. Ces freins sont de différents ordres. Le premier concerne la capacité à mobiliser les citoyens et à les associer aux projets lancés dans le cadre d'initiatives civic tech.

Convaincre les administrations et les politiques du bien-fondé de ces projets constitue une autre difficulté. Au mieux, les pesanteurs bureaucratiques étouffent les bonnes volontés ; au pire, les porteurs de ces projets sont considérés comme des opposants.

« Au début, je me suis fait "lyncher" sur les réseaux sociaux », se souvient le Sénégalais Mandione Laye Kébé. « Les gens ne comprenaient pas la démarche qui consiste à photographier l'insalubrité dans les rues. Ils me reprochaient de ternir l'image de la ville de Dakar. Et puis, il y a quelques jours, des personnes ont publié des excuses publiques sur Twitter, en reconnaissant qu'ils n'avaient pas compris la démarche au départ. Ils proposaient même de participer aux prochaines journées de nettoyage de la ville. »

« La loi stipule que vous pouvez écrire aux décideurs pour leur demander des informations, mais ils ignorent votre demande. » Francis Monyango, avocat kényanLes pesanteurs bureaucratiques viennent également étouffer les bonnes volontés. On voit également se mettre en place des stratégies de récupération politique avec des acteurs des civic tech approchés et, parfois, embauchés par l'exécutif en Afrique de l'Ouest.

L'accès aux financements figure parmi les principales difficultés pointées par les porteurs de projets. Il y a également une compétition de plus en plus forte entre les organisations dans un contexte de raréfaction des fonds.

Enfin, le manque de ressources humaines disposant des compétences nécessaires pour gérer des projets complexes comme ceux issus des civic tech est également mentionné comme un frein au développement des initiatives dans ce domaine. « Ce n'est pas propre à la civic tech, mais en général, le champ associatif et entrepreneurial en Tunisie manque de compétences parfois élémentaires (répondre à un e-mail, savoir communiquer, utiliser des outils numériques…) », remarque Khalil Teber de la Fondation Rosa Luxemburg.

Le défi de la prochaine décennie consiste à lever progressivement ces freins et obstacles de manière à permettre un ancrage durable des initiatives civic tech dans le paysage démocratique des pays du continent.


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