"La guerre a volé mes rêves"​

3 mars 2020

Aya Khaled Aqlan, journaliste yéménite de 24 ans et présentatrice d'émissions de télévision et de radio, raconte comment le conflit au Yémen a bouleversé sa vie en la forçant à tout quitter pour se réfugier en Égypte.

"La guerre a touché les citoyens en général, sans parler des journalistes et reporters. Avant, je me déplaçais très facilement d'un gouvernorat à l'autre en tant que journaliste de terrain mais aussi pour mon travail avec des organisations de la société civile.

Avec la guerre, tout a changé. Les déplacements sont devenus extrêmement difficiles : des routes longues et cahoteuses, qui prennent plus de sept heures. Après une courte période, mes mouvements sont devenus limités. La situation sécuritaire étant inquiétante, notre travail a été interrompu. "Avec la guerre, tout a changé."Ensuite, le harcèlement et les menaces de mort et d'enlèvement ont commencé.

J'ai continué mon travail en toute confidentialité, mais le harcèlement et la censure se sont intensifiés. J'ai dû finalement quitter mon domicile, mes études et mon travail dans la capitale, Sanaa, et partir loin des zones contrôlées par les Houthis.

Je me suis rendue dans le gouvernorat de Taïz, également sujet à des rivalités politiques et partisanes : Si vous n'êtes pas avec moi, vous êtes contre moi.
En tant que journaliste indépendante, ce n'était pas un environnement propice pour continuer à travailler et à diffuser la vérité... Cette situation m'a forcée à quitter le Yémen, pour tout recommencer à zéro en Égypte.
La guerre m'a volé de grands rêves et a emporté les vies précieuses de mes proches et collègues, victimes de ce conflit. De nombreux journalistes sont toujours en prison sans aucune accusation. La guerre a aussi fait de moi une journaliste accusée partout où je vais, comme si j'étais une espionne.

Les femmes et les enfants sont les plus touchés. J'essaie dans mon travail de mettre en lumière des histoires de femmes. Je travaille actuellement à la création d'une plateforme consacrée aux femmes journalistes yéménites qui ont dû quitter le Yémen. Elle sera lancée avec un film qui raconte leurs histoires, leurs souffrances et la cause de leur départ du pays.
Une radio en ligne et un site d'information seront aussi lancés."


Aya Khaled Aqlan est bénéficiaire du projet YMER+ (Yemen Media Emergency Response), une initiative financée par l'Union européenne et mise en œuvre par CFI en association avec le réseau ARIJ (Arab Reporters for Investigative Journalism).